Aussi, c'est avec tristesse que nous saluons ici la mémoire de tous ces braves gens, figurants inconscients de ce vieux et pittoresque Béni-Saf que nous avons admirer dans notre enfance… dans ce bon vieux temps où le temps ne comptait pas ... Néanmoins un bel avenir est encore réservé à ce joli coin de terre dans la vie et les annales de l'Histoire ... Béni-Saf a vu le jour sur une côte qui a une longue histoire. Béni-Saf est devenu une blessure de la mémoire. Tout cela c'est le passé… un passé qui nous attendrit et nous bouleverse. L’histoire de Béni-Saf est aussi celle de toute l’Algérie. L’exploitation de la pêche à Béni-Saf se pratiquait « à la part » suivant une coutume locale, d’origine espagnole. L’armateur prend à sa charge une part supplémentaire qu’il répartit entre l’armeur et le remailleur suivant les qualités professionnels de chacun.
À Béni-Saf l’évènement important du jour et le plus saisissant, pour les marins et pour les badauds attendant sur les quais, survenait en fin d’après midi lorsque les bateaux revenaient, après la pêche et ramenant au port sous le poids de dizaines de "guerbillos", casiers de poissons, que les guerbilléros pour être livrés à la criée. débarquaient dans un remue ménage incessant et une pagaille de va et vient sur les quais Du regard ceux qui connaissaient les coûts comptaient: Un ... Deux ... Quatre ... huit casiers de rougets de roches de couleur rouge vive singulière ; quinze casiers de crevettes, vingt de langoustes, qui sautaient encore,... . Puis venait la moraille, moraya et le faux merlan, le bacalao, de renommé populaire, des bogues, des saurels et d'autres poissons plus petits mais très savoureux grillés et avantageux pour les petites bourses. Arrivaient pour finir les casiers de raies, la gueule toujours fendue, les baudroies, ou le râpé en castillan, bons pour rassasier toute une famille.
Une fois le spectacle terminé, de nombreux badauds se dispersaient non sans avoir rempli dans une serviette ou un morceau de filet quelques poissons que les pêcheurs légendairement généreux ne manquaient pas de leur offrir, comme les offrandes au temps des grecs et des phéniciens, autres fameux pêcheurs et navigateurs réputés. J' aimais ce moment là. La misère frappait tous les jours la population musulmane. Centre minier par excellence et port de pêche aussi, Béni-Saf est peuplée principalement par des marins pêcheurs et des mineurs. Elle était le chef lieu d’une grande commune durant la période coloniale et devait son statut d’arrondissement à sa position stratégique. Pendant assez longtemps avant et après la libération, les sonneries longues et stridentes de la sirène de la Mine appèleront les mineurs et les employés de la Mine au labeur dans ce village étagé sur le flanc oriental d’une vallée étroite, que l’on aperçoit du haut des falaises. La Mine représentait toute l'activité du Port mais s'occupait également de politique locale. Béni-Saf est née dans l'univers de la mine.
Guerbilléros

Remailleur


Alors commençait le défilé : d'abord les guerbillos de poisson noble c'est-à-dire les plus chers, les rougets en tête, les soles, crevettes, les merlans, les limandes, palayas, les pageots, ...
Mais c'est "l'Histoire" qui juge le monde ...

La fin de l'histoire
Son importance périclita avec l’épuisement du gisement minier et même les nouvelles implantations industrielles ne réussirent pas à lui faire retrouver son rôle d’antan et sa place dans la région. 
En flânant sur les quais du port, je regardais avec mes amis les minéraliers s'affairer sur un bateau, bourré de minerai rouillé témoignant de l'époque où trônait la Société Mokta El Hadid, l’opulente "El coubanya" ou encore "El Mina", comme l'appelaient simplement les gens de la ville.
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